L’année 2025 marquera la quatrième année consécutive de repli des productions de granulats et de BPE laissant leurs volumes à des niveaux historiquement bas. Cette année encore, le contexte politique a lourdement pesé sur la dynamique de redressement de la filière construction, plombant la dynamique de sortie de crise amorcée en 2024.
De fait, les matériaux de construction devraient encore afficher un recul d’activité en 2025. Malgré un début d’année plutôt encourageant, le secteur des granulats enregistrerait un nouveau repli de sa production (- 1,5 %), laissant les volumes autour de 300 millions de tonnes, niveau le plus bas jamais atteint depuis plus de 40 ans. Quant aux livraisons de béton prêt à l’emploi (BPE), après avoir plongé de 11 % en 2024, elles céderaient encore 4 % cette année pour atteindre 32 millions de m3.
Au total, sur les quatre dernières années, la chute d’activité en volume ressort à - 21 % pour le BPE et - 15 % pour les granulats !

Le rythme de repli de l'indicateur matériaux se modère, certains produits du panier renouant avec des évolutions positives ces derniers mois. © INSEE, calculs UNICEM
Des volumes de production qui n’ont jamais été aussi faibles
En dépit d’un contexte politique peu porteur, l’année 2025 a bénéficié de facteurs plutôt favorables au redressement du marché immobilier. Toutefois, avec à peine plus de 100 000 unités commencées et 131 000 permis sur douze mois à fin octobre, les niveaux restent encore très en dessous de leur moyenne de ces vingt dernières années.
Du côté du logement collectif, le plan de relance d’Action Logement-CDC Habitat en 2024 a permis de dynamiser les ventes et les mises en chantier. Mais des inquiétudes se font jour en l’absence d’un relais pris par les particuliers. Le marché de l’accession reste moribond et peine à décoller tandis que celui de l’investissement locatif s’est effondré depuis la fin du dispositif Pinel en décembre 2024. Ainsi, selon la FPI (Fédération des Promoteurs Immobiliers), les particuliers investisseurs désertent le marché (une opération sur cinq en 2025 contre une vente sur trois en 2024).
Pour ce qui des travaux publics, l’année 2025 aurait dû être marquée par une accélération des chantiers à un an des échéances électorales. Or, les inquiétudes budgétaires et politiques des collectivités ont pesé négativement dans l’arbitrage des derniers projets. Un calcul simple permet de montrer qu’en 2024, on produisait 1,3 million de tonnes de granulats pour un milliard d’euros d’investissement en construction contre 1,9 en 2000, soit 33 % de moins ! Et dans le même temps, le poids de l’investissement en construction dans le PIB a reculé de 18 %... Des chiffres qui montrent que non seulement l'économie est de moins en moins constructive mais également qu’elle sollicite de moins en moins l’extraction de granulats dans la construction.
Des besoins en matériaux encore très contraints pour 2026
Les inquiétudes en cette fin d’année 2025 demeurent importantes, notamment sur le plan politique. Le contenu du futur projet de loi de finances pour 2026 est évidemment déterminant pour la suite, notamment en ce qui concerne l’ampleur et la cible des économies budgétaires nécessaires afin de réduire le déficit mais aussi les choix et arbitrages de politique publique.
Le raffermissement de l’activité constructive en 2026, en réponse au redressement des surfaces autorisées et commencées observé en 2025 dans le résidentiel et, plus modestement, dans le non-résidentiel, devrait à terme soutenir la demande de BPE. La diffusion aux matériaux dépend évidemment des délais qui s’écoulent entre les dépôts de permis, les mises en chantier et le début effectif des travaux, ces derniers pouvant aller de six mois à près de deux ans selon le type de bâtiment et la nature du chantier. C’est pourquoi les volumes de BPE produits pourraient a minima se stabiliser, voire légèrement progresser en 2026 sans toutefois dépasser les 33 millions de m3, les besoins en béton de la part des TP étant appelés à se modérer.

Peu de bonnes nouvelles sont à attendre du côté des travaux publics dont l’activité devrait se contracter d’environ 3 % en volume en 2026 selon les prévisions de la FNTP. Si les dépenses d’équipement du secteur privé (32 % de la clientèle des TP) pourraient légèrement progresser, en lien avec la hausse de l’activité du logement neuf, celles des grands opérateurs (22 %) se stabiliseraient. En revanche, la fin du cycle électoral conjugué au contexte de consolidation budgétaire se traduirait l’an prochain par une contraction sensible des chantiers initiés par l’État et les collectivités locales (46 % du marché TP). © INSEE, calculs UNICEM
Quatre priorités structurantes pour la filière en 2026
Réaffirmer l’utilité des matériaux minéraux dans la vie quotidienne
"Les carrières occupent aujourd’hui moins de 0,2 % du territoire français, mais elles sont indispensables pour produire localement les matériaux dont notre pays a besoin pour se loger, se déplacer, se soigner ou s’adapter au changement climatique", rappelle Alain Plantier. Logements, établissements scolaires et hospitaliers, infrastructures de transport, réseaux d’eau et d’énergie, ouvrages de prévention des risques : sans carrières et sans granulats, aucune politique publique structurante ne peut se déployer durablement.
Pour autant, la filière ne défend pas une approche du "tout minéral". "Nous plaidons pour une utilisation rationnelle et raisonnée des matériaux, fondée sur la complémentarité et la mixité des solutions constructives", souligne Alain Plantier. L’UNICEM appelle également à une révision de certaines normes, parfois inadaptées aux besoins du secteur – notamment celles relatives aux taux de matériaux recyclés. Il s’agit de permettre à ces référentiels d’intégrer pleinement les avancées technologiques récentes afin de concilier :
– performance environnementale,
– innovation,
– et faisabilité économique.
Le bon matériau, au bon endroit
L’UNICEM l'avait déjà fait mais le redit : stop au dénigrement souvent caricatural du béton, appelant à l’abandon d’un vocabulaire stigmatisant comme à l’ouverture d’un débat apaisé, fondé sur les faits, la science et les besoins réels des territoires. "Assimiler le béton à l’artificialisation est une simplification dangereuse, qui empêche tout débat constructif", dénonce Alain Plantier. Le béton est désormais incontournable dans de nombreux cas d’usage, permettant de construire des ouvrages durables, sûrs et résilients, souvent dans des contextes où "aucune alternative techniquement et économiquement viable n’existe" rappelle l'UNICEM.

La fédération rappelle qu’elle ne défend pas une logique de "tout béton", mais une approche fondée sur la mixité et la complémentarité des matériaux, avec un principe clair : le bon matériau, au bon endroit. © UNICEM

L’UNICEM s'agace de "l’absence de véritable travail d’investigation de la part d’une partie des médias", qui relaient trop souvent sans recul les discours des détracteurs du béton. "Le terme bétonisation, devenu un slogan, jette un discrédit injustifié et totalement inadapté sur un matériau de construction essentiel pour relever les défis du logement, de la transition écologique et de l’adaptation au changement climatique", poursuit le président de l'UNICEM, ici en photo. © UNICEM
Répondre aux défis structurants du logement et des infrastructures
L’UNICEM alerte sur l’urgence d’agir en faveur du logement comme de la modernisation des infrastructures, dont le vieillissement atteint aujourd’hui un niveau qu'elle juge préoccupant. Pour cela, l’UNICEM s’associe pleinement aux messages portés par la Fédération française du bâtiment (FFB) et la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), qui appellent à des initiatives fortes pour relancer l’investissement privé et public dans la construction de logements, ainsi qu’un engagement public renforcé et durable en faveur des infrastructures.
REP PMCB : la refonte, vite !
"Dans le cadre des évolutions en cours sur la REP PMCB, l’UNICEM appelle à une refondation rapide et cohérente du dispositif afin d’enrayer une dérive inflationniste dangereuse pour la soutenabilité économique d’une filière déjà fragilisée" souligne Alain Plantier. Forte de la maturité de la catégorie 1, dont les objectifs 2028 seront atteints dès 2025, la fédération réaffirme son attachement à la stricte séparation entre catégories 1 et 2 et refuse toute fongibilité financière.
Elle soutient les pistes visant à maintenir la reprise gratuite pour les ménages et les petits professionnels, à adapter le maillage aux spécificités territoriales et à différencier clairement matériaux matures et non matures. En revanche, l’UNICEM alerte sur les "conséquences d’une possible exclusion des plateformes de recyclage d’inertes, qui nuirait à l’efficacité du dispositif, augmenterait les coûts logistiques et créerait des ruptures de charge inutiles" précise le président de l'UNICEM.

Quatre projets structurants pour la profession en 2026 : la "filière des matériaux minéraux est engagée et prête à assumer ses responsabilités, mais elle ne peut être à la fois mobilisée pour répondre aux besoins du pays et continuellement stigmatisée", rappelle Alain Plantier. © UNICEM
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