Deux familles de chaux à bien connaître...
Les chaux de construction ont en commun leur origine. En effet, la chaux est fabriquée à partir de calcaire, lequel subit une calcination supérieure à 900 °C, un broyage, puis une extinction par hydratation. Or tous les calcaires ne sont pas purs, certains le sont, d’autres comportent une fraction argileuse ou siliceuse.Ce qui justifie le distinguo normatif entre les deux familles de chaux.
Les chaux aériennes sont issues de calcaires plus ou moins purs et ont la propriété de durcir lentement à l’air sous l’effet du gaz carbonique. Les chaux aériennes, appelées également chaux grasses ou anciennement CAEB (Chaux Aérienne Eteinte pour le Bâtiment), se subdivisent en deux sous-familles : les chaux calciques (CL) et les chaux dolomitiques (DL).
Les chaux hydrauliques, sont issues de calcaires plus ou moins argileux ou siliceux, et ont notamment la propriété de faire prise et de durcir en présence d’eau. Comme précédemment, cette famille se subdivise en deux sous-familles : les chaux hydrauliques (HL), le plus souvent préformulées et les chaux hydrauliques naturelles (NHL) ou (NHL-Z). Cette ligne de partage entre les deux familles de chaux résulte parfois plus de son utilisation que de sa composition chimique. En effet, certaines chaux hydrauliques et certaines chaux aériennes ont des compositions chimiques voisines…il n’y a donc pas de bonnes chaux (« aériennes ») et de mauvaises chaux (« hydrauliques ») !
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Mortier de chaux aérienne : 4 atouts et 1 limite
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Atout : déformabilité du mortier durci favorisant l’adaptation aux variations dimensionnelles (retrait, dilatation), retrait initial réduit, résistance qui augmente au fur et à mesure de la carbonatation, maniabilité du produit et possibilité de le préparer en grande quantité (Durée Pratique d’Utilisation), de permettre les reprises et le travail de finition… Limite : Durcissement lent et par conséquent, sensibilité à l’eau, au gel, aux chocs mécaniques, durant quelques temps, après leur application. |

Il y a encore quelques années, existaient des liants s’apparentant plus à des ciments qu’à des chaux et s’appelaient : chaux hydraulique artificielle (XHA). D’où une certaine confusion. Désormais ces produits répondent à la norme NF EN 413-1 – Ciment à maçonner. Quatre ciments à maçonner (MC) existent : MC 5 ; MC 12.5 ; MC 12.5 X et MC 22.5 X. La valeur située après MC correspondant à la résistance à 28 jours exprimée en MPa. Baticem de Calcia ou Multibat de Lafarge…sont des ciments à maçonner.
Quelle chaux choisir ? Les avis de 3 experts
1. La complémentarité des deux familles de chaux
Selon Michel Givelet, Secrétaire Général de la CSNFCGM * : « Chaque famille de chaux (aérienne ou hydraulique) a des qualités qui lui sont propres, il ne faut pas perdre de vue que ces produits sont complémentaires, d’où l’intérêt de les associer, afin de bénéficier des avantages de la prise aérienne et de la prise hydraulique. »
*Chambre Syndicale Nationale des Fabricants de Chaux Grasses et Magnésiennes
2. Les chaux hydrauliques naturelles pour le patrimoine et la construction neuve
Michel Cadot, Directeur Technique des Chaux et Enduits de Saint-Astier (CESA) rappelle : « l’utilisation des chaux hydrauliques naturelles dans la restauration de notre patrimoine est incontournable. Ces chaux sont de plus en plus demandées dans la construction neuve et surtout dans la construction écologique. »
3. L’alliance de l’aérien et de l’hydraulique
« Un bon mortier, c’est comme la bonne cuisine…ce n’est pas parce que l’on met du bon beurre dans le gâteau, que le gâteau est bon. Surtout s’il y a trop de beurre ! » Francis Thomasson de Weber et Broutin et Président de la Commission Européenne de Normalisation des Mortiers : « Si les enduits à base de ciment pur ont, à juste titre, mauvaise réputation c'est que leur composition (notamment le dosage en liants et sables) était inadapté : " Trop n'est pas l'apanage du bien !", mais pas le fait du ciment seul. C'est aussi vrai pour une mauvaise recette avec de la chaux. Autrement dit, les recettes étaient mauvaises, mais pas la chaux ou le ciment. C'est pour cela que les mortiers prêts à gâcher, fabriqués et contrôlés en usine - les mortiers industriels - sont de plus en plus utilisés depuis un siècle. On connait leurs caractéristiques et performances pour évaluer leur compatibilité avec les matériaux anciens de construction qui sont généralement résistants, sauf dans le cas de pierres tendres comme le Tuffeau ou la craie. Et heureusement, car les bâtiments anciens sont toujours debout, ils sont donc solides ! Les mortiers de rejointoiement ou d'enduits fabriqués en usines font l'objet d'études de leur composition (la bonne recette !) pour adapter leurs caractéristiques à celles des matériaux anciens ou neufs de maçonnerie. On connait leurs performances qui sont déclarées par le fabricant (Elles sont maintenant normalisées). Les mortiers spéciaux pour la restauration du bâti ancien sont bien sur à base de chaux, mais pas seulement. Ils contiennent aussi des minéraux hydrauliques, des additifs, adjuvants - comme le mortier d’Imhotep (vers - 2650 avant JC) - et ceci pour la sauvegarde durable et réversible du patrimoine des bâtiments anciens. Fini les mortiers durcis trop raides, trop friables ou capillaires ».