AVIS D'EXPERT
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Jean-Michel Catusse-Bazet, expert construction |
« Pierre attachée : une très faible sinistralité »
Bâtirama : Quelle est la sinistralité liée aux façades réalisées à l’aide de pierres attachées ?
Jean-Michel Catusse-Bazet :
quantitativement, elle est faible. Il existe peu de dossiers. En revanche, quand sinistralité il y a, elle est visible. Elle fait souvent l’objet d’articles de presse, à l’instar de la façade de l’Opéra Bastille à Paris.
Elle se voit également car les experts demandent très souvent en urgence la pose de filets pour garantir la sécurité des passants. Les quelques cas de sinistralité sont plutôt consécutifs à des problèmes de chantier.
Je peux citer la casse du fait de la mise en compression des pierres, les taches sur les pierres du fait de certains mastics de remplissage des joints ou encore la casse de la pierre suite à des phénomènes de dilatation bridée par les systèmes d’attache. Le plus souvent, il s’agit d’incidents localisés d’exécution.
En revanche, nous avons pu noter que lors de la tempête de fin décembre 1999, les façades en pierres attachées s’étaient très bien comportées, malgré des vitesses de vent exceptionnelles. Concernant la mise en œuvre, les normes sont très draconiennes.
Certes, la pierre est une matière non homogène mais la connaissance de la pierre a beaucoup progressé et, par exemple, les défauts de cohésion inter granulaire sont aujourd’hui maîtrisés. A noter des casses de pierre en partie basse des façades qui sont consécutives à des actes de vandalisme, ou des chocs causés par des véhicules ou des passants.
B : Où en est la révision du DTU “pierres attachées” ?
J-M C-B :
elle a bien avancé. Nous travaillons depuis environ un an sur le sujet. La création de sous-commissions permet d’aborder de façon très détaillée les cas particuliers. Il peut s’agir par exemple, d’un type d’attache, de nature de pierres, de la problématique de la résistance au vent.
Ensuite, nous faisons une mise en commun des travaux lors de réunions mensuelles. Pour ce DTU en cours de révision, nous avons repris point par point le DTU 55.2 établi en 2000. Plusieurs volontés ont abouti à cette révision.
Tout d’abord, il fallait rendre le DTU compatible avec les normes européennes. Ensuite, il s’agissait de prendre en compte la nouvelle carte des risques sismiques, d’intégrer les évolutions quasi permanentes des procédés de fixations et des produits, ainsi que la meilleure maîtrise de la qualité de la pierre. Enfin, ce DTU révisé aura subi un toilettage en matière de termes et de définitions utilisés.
Il est apparu à l’usage que certains termes ou schémas pouvaient prêter à confusion. Il était nécessaire d’uniformiser les terminologies avec celles d’autres DTU. Par ailleurs, il est important de souligner la compétence des membres de cette commission de révision.
Les interventions sont d’un excellent niveau, chaque point étant abordé dans le détail. Un avant-projet est actuellement en cours de finalisation. Le projet définitif pourrait voir le jour au quatrième trimestre 2012.
B :
Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs pour l’assurance de leurs travaux en pierres attachées?
J-M C-B :
tout d’abord, lors de la lecture du CCTP établi par la maîtrise d’œuvre, il est nécessaire de vérifier si la nouvelle carte des risques sismiques a bien été prise en compte. Cette nouvelle cartographie a fait évoluer la prise en compte des risques.
Ensuite, il vaut mieux déclarer à son assureur tout chantier, même de faible importance car des difficultés techniques peuvent apparaître indépendamment de son importance. Par ailleurs, parce qu’il n’est pas possible d’aborder la mise en œuvre de pierres attachées de manière empirique, il faut constituer ou faire constituer par un bureau d’études externe un dossier technique détaillé.
Enfin, au cas par cas, il vaut mieux demander à son assureur une police nominative de chantier de manière à instaurer avec lui une relation de confiance. La faible sinistralité atteste, s’il en était besoin, du haut niveau de compétence des entreprises mettant en œuvre la pierre attachée.
L’évolution de la demande des maîtres d’œuvre et de la technique nécessitent néanmoins de ne pas relâcher notre vigilance sur ce produit de haute technicité qui contribue à valoriser le patrimoine bâti.
Propos recueillis par Stéphanie Lacaze Haertelmeyer
