Prix Spécial – Célia Jouanou
Dominique Métayer, administrateur à la Capeb, et Celia Jouanou, apprenti peintre, vainqueur du prix spécial des Trophées de l’apprenti.
Son témoignage :
Je travaille actuellement au sein d’une entreprise qui me forme en CAP. Avant de trouver un patron pour mon CAP, la peinture était pour moi une simple hypothèse d’avenir, un métier qui, peut être, pourrait me plaire…
Et effectivement, le hasard fait bien les choses, car mon métier me plait beaucoup! Dès mon premier chantier, j’ai touché à tout. Luc, l’ancien de la boîte, m’a appris beaucoup de choses. Il m’a laissé prendre des initiatives, donner mon avis…
Grâce à cette confiance qu’il m’a accordée, j’ai pu voir que j’avais trouvé ma voie. Très vite, je me suis imposée comme le meilleur élément de ma classe, et mon apprentissage a très bien commencé.
Au bout de quelques mois, Luc s’est malheureusement blessé, et j’ai attaqué des chantiers avec mon vrai maître d’apprentissage, le chef de chantiers de l’entreprise. Hélas, tous les hommes de cette entreprise ne possèdent pas l’intégrité et le respect que Luc porte aux jeunes femmes.
J’avais souvent entendu parlé de ces hommes “courreurs de jupons", qui ne savent pas se tenir et qui n’ont pas honte de faire des avances à une jeune femme qui a l’âge de leur propre fille?! Mais je n’en avais jamais été victime jusqu’à ce jour.
Beaucoup de gens m’avaient dit de me méfier de cet homme là. Mais il connaissait mes parents, mon petit ami et ma belle famille, il m’avait plus ou moins vu grandir… Je croyais qu’il n’oserait même pas y penser...
Le jour où il a commencé à me faire des avances, je suis restée tellement bouche bée que je n’ai pas réagi. Il est allé jusqu’à me faire un bisou dans le cou alors que j’avais le dos tourné.
Ce n’est pas allé plus loin parce que mon geste de dégoût a dû lui faire comprendre que ce n’était pas la peine d’insister. Mais en quittant le chantier ce jour là, je me sentais terriblement mal et vraiment salie par ses mots et par son geste.
Au début, je n’osais pas en parler. J’ai vraiment pris conscience à quel point il est difficile de parler de ce genre de choses?! Je croyais jusqu’ici que les femmes victimes de ces choses là n’avaient qu’à en parler, mais ce n’est pas si simple.
Tout un tas de questions vous taraudent… Est-ce que je l’ai provoqué ? Si je le dis à mon patron, est-ce que la situation va se retourner contre moi ? Si j’en parle à mon copain, comment va-t-il réagir ? Après quelques jours, j’ai commencé à en parler a certaines personnes de confiance de mon entreprise.
Je l’ai également dis à mon copain, qui a été très dur à calmer. Mais je n’en ai parlé à mon patron que plusieurs mois après les faits.
A ma grande surprise, il n’a pas douté de moi une seule seconde et il m’a soutenu à 200 % ! Cette histoire s’est réglée à l’amiable et des excuses m’ont été présentées, même si l’homme qui m’a fait des avances a, comme je le pensais, essayé de se dédouaner de toute responsabilité.
Ce qui m’est arrivé m’a appris une chose très importante, dont je ne m’étais jamais rendue compte avant cela. On ne connaît jamais vraiment les gens, et une femme qui travaille dans un milieu d’hommes doit rester sur ses gardes et avoir une certaine retenue face à un collègue de boulot.
Et une femme ne doit pas subir la loi du silence sous prétexte qu’elle est “seule”, car elle trouvera forcément de très bonnes personnes pour en parler. Depuis cette expérience, une année s’est écoulée. Je suis toujours la meilleure de ma classe, mon patron est très content de mon travail, je croise cette personne tous les jours. Il sait rester à sa place.
Je n’ai pas l’ambition de gagner ce concours avec mon histoire, mais je voulais en parler au-delà des murs de mon entreprise, pour montrer que c’est une réalité qui est toujours d’actualité pour les femmes qui travaillent dans les milieux masculins.
Source : batirama.com
